Déductions

Indemnités kilométriques : barème, calcul et comptabilisation

Utiliser un véhicule personnel pour l'activité de l'entreprise ouvre droit à une indemnité calculée d'après le barème kilométrique. Méthode de calcul, trimestre de chantiers d'un artisan en exemple, comptabilisation : le cas pratique complet.

Cas pratique·7 min de lecture·Mis à jour le 23 juin 2026Chiffres vérifiés sur les sources officielles

Qui peut en bénéficier

L'indemnité kilométrique (IK) rembourse l'usage professionnel d'un véhicule personnel. Deux profils sont concernés : le salarié qui prend sa propre voiture pour des rendez-vous ou des livraisons, et le dirigeant — président de SASU, gérant d'EURL ou de SARL — qui roule pour l'entreprise avec le véhicule de son foyer. La condition centrale tient en un mot : personnel. La voiture doit appartenir au bénéficiaire ou à son foyer, pas à la société.

Les trajets indemnisables sont les déplacements professionnels : chantiers, rendez-vous clients, fournisseurs, formations. Le trajet domicile-travail obéit à des règles particulières et plafonnées ; les déplacements privés, eux, n'ouvrent droit à rien. Bien utilisées, les IK cochent toutes les cases : simples à calculer, déductibles pour l'entreprise, exonérées pour le bénéficiaire.

Ce que couvre le barème kilométrique

Le barème kilométrique est un tarif forfaitaire publié chaque année par l'administration fiscale. Un seul chiffre y résume tout ce que coûte un kilomètre : le carburant, l'entretien et les réparations, l'assurance, les pneumatiques et la dépréciation du véhicule — la perte de valeur liée à l'usage. Inutile, donc, de conserver les factures de garagiste pour les trajets indemnisés au barème : le forfait les couvre déjà.

Restent en dehors du forfait les frais de péage et de stationnement, remboursables en plus, sur justificatifs.

La méthode de calcul

Le barème croise deux paramètres : la puissance fiscale du véhicule — les « chevaux fiscaux » (CV) indiqués sur la carte grise — et la distance professionnelle parcourue dans l'année, découpée en trois tranches (jusqu'à 5 000 km, de 5 001 à 20 000 km, au-delà). Chaque case du tableau donne une formule. Pour un véhicule de 5 CV parcourant moins de 5 000 km professionnels par an, l'indemnité vaut la distance multipliée par 0,636 €.

Au-delà de 5 000 km annuels, la formule change : le tarif au kilomètre baisse, mais un montant fixe s'ajoute. D'où l'intérêt de suivre le cumul de l'année plutôt que de raisonner note par note — changer de tranche en cours de route modifie le calcul de toutes les notes suivantes. Dernière borne à connaître : le barème plafonne à 7 CV. Un véhicule plus puissant est indemnisé comme un 7 CV, pas davantage.

Le barème exact de l'année est publié par l'administration, en général au premier trimestre. Il est resté stable ces dernières années, mais mérite une vérification avant tout calcul. À retenir aussi : les véhicules électriques bénéficient d'une majoration de 20 % sur le montant obtenu.

Cas pratique : un trimestre de chantiers

Bruno, carreleur en EURL à Quimper. Sa voiture personnelle de 5 CV le conduit chaque semaine sur les chantiers du Finistère. Au deuxième trimestre 2026, son carnet de bord totalise 1 250 km professionnels : quatorze allers-retours vers un chantier à Concarneau (640 km), des visites de devis (390 km) et deux passages chez son fournisseur de carrelage (220 km). Sur la tranche jusqu'à 5 000 km, le calcul tient en une ligne : 1 250 km × 0,636 € = 795 €. L'EURL lui rembourse 795 €, sans cotisations sociales, et la somme vient en déduction du résultat de l'entreprise.

Le carnet de bord — date, motif, trajet, kilométrage — est la pièce maîtresse du dispositif. En cas de contrôle, l'administration ne conteste pas le barème : elle conteste la réalité des kilomètres. Un agenda cohérent avec les chantiers facturés vaut toutes les plaidoiries. Attention également au cumul : à ce rythme, Bruno dépassera les 5 000 km avant décembre. La formule de la deuxième tranche s'appliquera alors à l'ensemble de la distance annuelle, avec sa part fixe — un recalcul de fin d'année s'impose pour ajuster la dernière note de frais.

Note de frais et comptabilisation

Le remboursement passe par une note de frais, établie au mois ou au trimestre, qui récapitule chaque déplacement : date, motif, point de départ, destination, distance. En comptabilité, l'indemnité rejoint les frais de déplacement — compte 6251 « Voyages et déplacements » du plan comptable — avec la note de frais en justificatif. Tant que le calcul respecte le barème et que les trajets sont justifiés, le remboursement échappe aux cotisations sociales et ne constitue pas un revenu imposable pour le bénéficiaire.

Point de vigilance fiscal : la TVA n'est pas récupérable sur les indemnités kilométriques. Le barème est un forfait global, sans facture ni TVA identifiable — impossible d'en isoler la part de carburant. La déduction se limite donc à la charge elle-même, ce qui reste déjà appréciable.

Les pièges à éviter

  • Le véhicule de société. L'erreur classique : appliquer le barème à une voiture immatriculée au nom de l'entreprise. Impossible — la société paie déjà directement le carburant, l'entretien et l'assurance de son véhicule. Les IK sont réservées aux véhicules personnels ; cumuler les deux reviendrait à se rembourser deux fois.
  • Le double remboursement. Se faire rembourser un plein de carburant en plus des IK sur le même trajet : le forfait couvre déjà le carburant.
  • La tranche oubliée. Continuer d'appliquer le tarif de la première tranche après avoir dépassé 5 000 km dans l'année.
  • Les kilomètres invérifiables. Des notes rondes (« 500 km ») sans carnet de bord ni motif : le meilleur moyen d'attirer l'attention lors d'un contrôle.
  • La majoration électrique ignorée. Pour un véhicule électrique, oublier la majoration de 20 % revient à laisser de l'argent sur la table.

Bien tenues, les indemnités kilométriques restent l'un des remboursements les plus simples et les plus sûrs de la vie d'une petite entreprise : un barème public, un carnet de bord honnête, une note de frais régulière — et des trajets professionnels qui cessent enfin d'être payés de la poche du dirigeant.

Sources officielles

Chiffres à jour au 23 juin 2026 — revus à chaque loi de finances.

3 minutes par mois. Dès 9,99 €.

La compta décrite dans cet article ? Marguerite la prépare, la validation reste humaine.