Amortissements : durées usuelles, méthodes, exemples
Étaler le coût d'un matériel sur sa durée d'usage plutôt que de tout passer en charge d'un coup : c'est l'amortissement. Seuil des 500 €, méthode linéaire ou dégressive, durées usuelles et écriture, l'essentiel avec un exemple filé.
Amortir, c'est étaler une dépense dans le temps
Quand une entreprise achète un ordinateur, une machine ou un véhicule, elle ne « consomme » pas ce bien en une fois : il va lui servir plusieurs années. La comptabilité en tient compte grâce à l'amortissement, qui répartit le coût d'une immobilisation — un bien durable inscrit à l'actif — sur sa durée d'usage. Plutôt que de peser d'un bloc sur l'exercice de l'achat, la dépense se fractionne en dotations annuelles, une part de charge chaque année. Le résultat colle alors à la réalité : le bien s'use progressivement, la charge s'étale au même rythme, et le bénéfice de chaque année reflète l'usure réelle de l'outil de travail.
L'enjeu n'est pas seulement comptable. Chaque dotation est une charge déductible : amortir, c'est diminuer le résultat imposable année après année, au lieu d'une seule fois. D'où l'importance de retenir une durée cohérente, ni trop courte, ni trop longue. Une durée trop brève gonfle artificiellement les charges des premières années et expose à un redressement ; une durée trop longue prive l'entreprise d'une déduction à laquelle elle a pourtant droit.
Charge ou immobilisation : le repère des 500 €
Tout achat durable n'a pas vocation à être amorti. Pour les biens de faible valeur, l'administration admet une tolérance bien pratique : un petit matériel, un meuble ou un logiciel dont la valeur unitaire ne dépasse pas 500 € hors taxes peut passer directement en charges, sans ouvrir de plan d'amortissement. Une chaise de bureau à 120 €, une imprimante à 200 € : direction le compte de charges, point final, sans autre formalité comptable. Au-delà de ce seuil, le bien s'inscrit à l'actif et s'amortit sur sa durée d'usage. Ce repère de 500 € est une tolérance de bon sens, pas une frontière absolue — mais il tranche l'immense majorité des cas. Rien n'oblige d'ailleurs à immobiliser un petit bien : passer une souris ou un disque externe à 60 € directement en charges simplifie la comptabilité sans rien coûter au résultat.
Linéaire ou dégressif : deux rythmes
Deux méthodes coexistent. L'amortissement linéaire, de loin le plus courant et appliqué par défaut, répartit le coût en parts égales : un bien de 12 000 € amorti sur cinq ans donne 2 400 € par an. Seules la première et la dernière année sont réduites au prorata du temps d'utilisation.
L'amortissement dégressif, réservé à certains biens (matériel industriel, informatique, d'une durée d'au moins trois ans) et choisi sur option, charge davantage les premières années. On multiplie le taux linéaire par un coefficient — 1,25 pour trois ou quatre ans, 1,75 pour cinq ou six ans, 2,25 au-delà. Pour le même bien sur cinq ans, le taux passe de 20 % à 35 % : la première annuité pleine atteindrait 4 200 € au lieu de 2 400 €. Un rythme utile quand un investissement rapporte surtout au début de sa vie, ou pour accélérer la déduction fiscale. En pratique, beaucoup de TPE s'en tiennent au linéaire, plus simple à suivre et admis partout ; le dégressif se réserve aux investissements lourds qu'il faut amortir vite.
Les durées usuelles, poste par poste
Il n'existe pas de barème légal figé : la durée retenue doit refléter l'usage réel du bien dans l'entreprise. Les usages admis fournissent toutefois des ordres de grandeur solides, sur lesquels un contrôle s'appuie sans discuter. L'important reste la cohérence : un même type de bien s'amortit sur la même durée d'un exercice à l'autre, sans changer de règle au gré des résultats.
| Immobilisation | Durée d'usage usuelle |
|---|---|
| Logiciels | 1 à 3 ans |
| Matériel informatique | 3 ans |
| Matériel et outillage | 5 à 10 ans |
| Mobilier de bureau | 5 à 10 ans |
| Agencements, installations | 10 ans |
| Véhicules | 4 à 5 ans |
| Constructions (bâtiment) | 20 à 50 ans |
Un cas à connaître : le terrain ne s'amortit jamais, car il ne se déprécie pas avec le temps — seule la construction posée dessus s'amortit. Lors de l'achat d'un local, il faut donc séparer la valeur du terrain de celle du bâti. Dans le même esprit, un fonds de commerce n'est en principe pas amortissable, sauf tolérance prévue pour les petites entreprises.
L'écriture de dotation
À chaque clôture, l'amortissement de l'année se traduit par une écriture unique et toujours identique. On débite le compte 6811 « dotations aux amortissements » — une charge — et on crédite le compte d'amortissement de l'immobilisation concernée, en 28… (par exemple 28183 pour du matériel informatique). Ce compte 28 vient en déduction de la valeur du bien au bilan : d'un côté l'immobilisation reste inscrite à son coût d'achat, de l'autre l'amortissement cumulé grignote sa valeur, et la différence — la valeur nette comptable — indique ce que le bien « vaut » encore dans les comptes, et c'est cette valeur nette qui servira de base au calcul d'une éventuelle plus-value le jour de la revente.
Thomas, artisan boulanger, achète un four à 12 000 € HT, mis en service le 1ᵉʳ avril 2026, amorti en linéaire sur cinq ans. L'annuité pleine ressort à 2 400 € (12 000 ÷ 5). La première année ne compte que neuf mois d'utilisation : la dotation 2026 s'établit à 2 400 × 9/12 = 1 800 €. Les quatre années suivantes portent chacune 2 400 €, et la sixième année récupère le reliquat de trois mois, soit 600 €. Bout à bout : 1 800 + 2 400 + 2 400 + 2 400 + 2 400 + 600 = 12 000 €. Le four est intégralement amorti, et chaque exercice a supporté sa juste part du coût, ni plus tôt ni plus tard qu'il ne le devait.
Sources officielles
- BOFiP — Durée et taux d'amortissement (BOI-BIC-AMT-10-40)
- BOFiP — Durée normale d'utilisation des biens amortissables (BOI-BIC-AMT-10-40-10)
- BOFiP — Régime de l'amortissement dégressif, coefficients (BOI-BIC-AMT-20-20-30)
- BOFiP — Éléments amortissables et matériel de faible valeur (BOI-BIC-AMT-10-20)
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La compta décrite dans cet article ? Marguerite la prépare, la validation reste humaine.